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lundi 14 février 2022

La Paluche, épisode 2 : deux soldats le 24 décembre1914

La PALUCHE : épisode 2. Les poignées de mains dans l'Histoire...

Ferme ou délicate, sincère ou fausse, la poignée de main rapproche les hommes. Elle est symbole de paix, de respect et de fraternité. 



    Point d'information touristique, Messines. Inauguration de l’œuvre en décembre 2015

    Le sculpteur anglais Andrew Edwards réalise une œuvre mesurant 2,5 mètres de haut sur 3,7 mètres de large pour représenter un épisode de la Grande Guerre peu connu jusqu'alors : la trêve de Noël 1914. Il montre deux soldats : un britannique et un allemand se serrant la main avec à leurs pieds un ballon de football. Ce moment très bref, ne concernant que quelques centaines de soldats sur certains points précis du front n'est pas un tournant ni un épisode clé relayé dans les manuels et les livres de spécialistes. L'histoire « officielle » a surtout relayé qu'après 4 mois de conflits, les armées s'enterrent, creusent des tranchées pour se lancer dans une guerre d'usure jusqu'alors inédite : la guerre de position dans des tranchées face à face. Ce sont les travaux de Marc Ferro dans son ouvrage « Frères de tranchées » ainsi que l'excellent film de Christian Carion « Joyeux Noël », tous deux sortis en 2008, qui rappellent cette belle anecdote du premier conflit mondial.

    On le sait les 5 premiers mois d'août à décembre ont été dévastateurs avec la mise en place des plans de guerre, la Marne, la course à la mer et les pertes énormes causées par le manque de préparation, les tenues des soldats français et la puissance de l'artillerie et des mitrailleuses. On se rend compte également que la guerre est partie pour durer : atteindre Paris ou Berlin en quelques mois se révèle rapidement impossible à réaliser contrairement à ce que laissait entendre la propagande. Le moral des soldats des deux côtés des tranchées à peine creusées est au plus bas : de nombreux frères d'armes sont déjà tombés, les familles sont loin avec peu de nouvelles et de courrier et la victoire facile promise et rêvé ne s'est pas réalisée. Le froid de l'hiver 1914 est glacial, notamment en cette fin décembre. Le 24 au soir, l'impact psychologique de Noël fait alors son effet. Et Noël, c’est la famille et la Paix rêvée et promise. En quelques points précis, comme dans la Somme avec la 28e division d’infanterie, la 70e division d’infanterie dans l’Artois ou encore la 5e division d’infanterie dans la région de Reims, on observe ces moments d'arrêt des combats. En Belgique aussi, du côté de Ypres, il y a une pause constatée. A l’autre bout du no man’s land, jonché des cadavres qu’on ne peut plus aller chercher sans se faire descendre, on entend des chants. Malgré la barrière de la langue car il s'agit d'allemand, on reconnaît la mélodie de « Stille Narcht » (« Douce Nuit »). Les français répondent en chantant. Les anglais aussi. Côté allemand on sort des sapins improvisés et on les pose devant la tranchée Et au bout de longues heures, les soldats des deux camps se retrouvent sur le no man’s land. On discute. On se montre des photos des épouses, des enfants... On joue aussi au football et on enterre les morts aussi. Et on regagne sa tranchée. Les différents États-majors ne peuvent pas tolérer cette situation. Les endroits de fraternisation sont activement recherchés et identifiés. Les régiments coupables sont dispersés, mutés sur d’autres zones de front.

    Cette Trêve de Noël et le match de football disputé entre les troupes britannique et allemande ont ainsi marqué l'inconscient collectif pour resurgir au moment ou le continent est en paix au début du 3eme millénaire. Une statue en bronze accueille ainsi les visiteurs à l'entrée de l'office de tourisme sur la Grand Place de Messines (Flandre occidentale), théâtre d’âpres combats lors de la bataille de Ypres. Un premier modèle a alors été réalisé en vue de le faire voyager à travers l'Europe, avant de le couler en bronze et lui attribuer une place définitive. Il a été dévoilé au public pour la première fois lors du match opposant les équipes de Stoke City et Chelsea. Fin 2014, la statue a fait une brève apparition à Messines avant d'entamer son tour d'Europe, passant notamment par le Stade de Wembley pour la Coupe d'Angleterre de football. Il a ensuite été décidé de la placer définitivement à Messines, théâtre du match de football historique entre les deux équipes rivales à la fois sur le front et sur le terrain, montrant ainsi la volonté pacifiste des peuples malgré la situation conflictuelle.

dimanche 6 février 2022

La Paluche, Episode 1 : Staline / Ribbentrop

Notre nouvelle série en 2, 3 ou 12 épisodes ça dépend :

La PALUCHE

Elle peut être fausse, sincère, amicale, polie. 

Elle est aussi directe ou molle. Elle peut faire mal ou être flasque. Elle permet un premier contact corporel, elle conclue un échange, elle scelle des décisions. C'est un marqueur identitaire typiquement occidental mais elle est universelle et intemporel... qui ? La poignée de mains, pardi ! 

Entre hommes politiques, Présidents ou chefs d’État, entre militaires ou tout simplement anonymes, la poignée de mains balise nos échanges, scelle des destins ou entraîne des milliers de personnes à la mort. C'est un moment photographié, mis en avant. Bienvenue dans l'univers impitoyable des poignées de mains, l'échange de paluches.... Voyageons dans son histoire, ses moments clés, fil directeur de nos chapitres d'histoire, de géographie et d'EMC.

Ces terribles et pourtant véridiques histoires sont dans... LA PALUCHE

Épisode 1 : Ribbentrop / Staline, paluche faussement chaude dans salon froid

23 août 1939.

Un bureau au Kremlin, Moscou.

Cet instant est le moment de gloire de Joachim von Ribbentrop, ministre des affaires étrangères du Reich nazi. L'apogée du plénipotentiaire qui vient de réaliser le coup diplomatique du siècle au nez des puissances occidentales qui pensaient que l'URSS serait fidèle à la ligne diplomatique figée depuis plus d'un siècle : les liens avec l'Europe de l'Ouest afin de contenir et d'encercler l'Allemagne et son agressivité. Mais à force de tergiverser, de louvoyer en direction de Moscou, cherchant des accords mal négociés et refusant de se compromettre avec le leader communiste, Paris et Londres constatent avec stupeur et effroi que Le Petit Père des Peuples a décidé de faire alliance avec ce qui était jusqu'au 22 août « l'ennemi irréconciliable ». Munich et l'abandon de la Tchécoslovaquie ont révélé à Staline le manque de constance des démocraties et le risque d'un possible double jeu. Avec ce micmac diplomatique qu'il signe avec son homologue soviétique Molotov, Ribbentrop est au sommet de sa gloire. Son étoile va ensuite rapidement pâlir au sein de la structure de commandement nazi. Diplomate parvenu, de descendance aristocratique, il se crée rapidement et facilement des inimitiés parmi les grands dignitaires nazis. Alcoolique notoire, son coup d'éclat à Moscou va plonger le monde dans la stupéfaction. Mais au temps des diplomates va rapidement succéder celui des généraux et l'aura du ministre va aller en déclinant. Pour Staline, cette poignée de mains est un répit. Après avoir limogé, déporté, tué l'essentiel des généraux de son état-major, il sait que l'Armée Rouge n'est pas prête si la guerre qui s'annonce prend une ampleur plus importante que prévue. Avec cet accord, il s'agit aussi d'un Yalta avant l'heure grâce aux « protocoles secrets » : le partage de l'Europe de l'Est. Pour l'Allemagne, c'est la concrétisation d'un début d'« espace vital ». Pour l'URSS, c'est le retour en son sein de territoires perdus après la Première guerre mondiale et l'installation du « corridor sanitaire ». Petits fours et faux sourires de cette réunion cachent mal les tensions entre les deux pays. Cependant, tout est mis sous le tapis en attendant un changement de stratégie. Staline pense ainsi garder sa frontière occidentale tranquille et c'est avec effroi, tapis dans son bureau de très longues heures qu'il prendra connaissance du déclenchement de l'opération Barbarossa en juin 1941.




La PALUCHE... A suivre....

Petite vidéo sur l'arme nucléaire